
Richard Carapaz : Un nouveau chapitre
Alors que la course la plus attendue du calendrier se profile à l’horizon, la plus importante recrue de l’intersaison d’EF Education-EasyPost s’est entretenue avec Rapha pour se présenter.
30 juin 2023
Originaire d’Équateur, Richard Carapaz est l’une des figures de proue d’un groupe de coureurs qui se font un nom dans leur pays. Formés dans les hautes montagnes des Andes équatoriennes, Carapaz et ses contemporains accomplissent des prouesses à vélo, plus communément associées à leurs homologues colombiens, mais sans quasiment jamais être reconnus pour cela. Pourtant, grâce à sa médaille d’or olympique et à la première (et unique) victoire équatorienne remportée sur un Grand Tour, Carapaz a largement contribué à inscrire le pays dans les livres d’histoire du cyclisme.
Alors que la course la plus attendue du calendrier se profile à l’horizon, la plus importante recrue de l’intersaison d’EF Education-EasyPost s’est entretenue avec Rapha pour se présenter. De l’athlète « par accident », à la victoire sur l’une des courses les plus prestigieuses du circuit, en passant par la création de son propre club cycliste pour jeunes, voici le parcours de Richard Carapaz : de l’Équateur au Tour, et au-delà.


Qu’est-ce qui t’as incité à poursuivre une carrière de cycliste ?
Mes débuts dans le cyclisme ont été un peu - comment dire ? - un peu atypiques. J’ai toujours aimé faire du vélo, depuis que je suis tout petit. Mais plus jeune, je ne savais pas que le cyclisme pouvait être un sport professionnel. Enfant, j’utilisais le vélo comme moyen de transport, et puis pour jouer. C’était tout.
Puis, à l’âge de 16 ans, j’ai rencontré l’ex-coureur pro équatorien Juan Carlos Rosero. Il était l’un des Équatoriens qui avaient le plus progressé jusqu’alors, en roulant pour Pepsi Cola Fanini en Italie. Il a fini par devenir mon mentor, et il a partagé avec moi son savoir sur le monde du vélo et sur la manière d’entrer dans le monde du cyclisme professionnel. Et puis il m’a appris à devenir un vrai coureur cycliste. Au départ j’ai fait ça pour m’amuser, pour le plaisir, et puis j’ai fini par devenir pro.
As-tu rencontré des difficultés pour devenir professionnel ?
Je suis venu en Europe pour la première fois en 2013, et j’ai roulé en France pendant quelque temps. J'ai également roulé avec l’équipe nationale équatorienne pour prendre part à diverses courses organisées dans notre pays. C’était un bon début, mais je n’ai pas eu la chance de trouver une véritable équipe en Europe. Un an plus tard, j’ai donc dû retourner courir en Amérique du Sud - et j’ai fait beaucoup de courses. C’est à ce moment-là que j’ai pris conscience de ce que je pouvais vraiment accomplir et que j’étais capable de faire partie d’une équipe européenne. Il est vrai, je pense, qu’en Amérique latine, nous n’avons pas de grandes courses qui nous servent de vitrine. Mais en remportant une étape majeure d’une course en Colombie, j’ai montré ce que je pouvais faire, et cela m’a bien servi pour avoir l’opportunité d’atterrir dans une équipe espagnole de deuxième division.


Quelles sont les relations entre toi et tes collègues latino-américains ?
Lorsque je suis arrivé chez EF, c’était vraiment quelque chose de spécial. Je connais[Alexander] Cepeda depuis l’âge de 8 ou 9 ans. Il a connu quasiment le même parcours que moi et nous avons partagé presque toute notre vie sur le vélo. Mais surtout, nous avons commencé avec le même rêve en tête et nous pouvons aujourd’hui le vivre et le partager ensemble. Cela signifie beaucoup pour moi. Je connais également [Jonathan] Caicedo depuis de nombreuses années, car je me suis entraîné avec lui dès le début.
Avoir des coéquipiers comme ça, c’est vraiment très cool, parce qu’en fin de compte, ce sont des gens que je connais bien, avec qui j’ai passé beaucoup de temps et en plus, on parle la même langue.
Prendre part au WorldTour requiert beaucoup de sacrifices, que ce soit sur le plan nutritionnel, au niveau des déplacements ou de l’entraînement. Selon toi, quel est le plus grand sacrifice que doivent faire les professionnels ?
Les choses que tu mentionnes ne sont pas vraiment des sacrifices parce qu’en vrai on les fait dans un but précis, tu vois ? Pour moi, le plus grand sacrifice est d’être loin de ma famille. Lorsque je suis loin, je risque de louper un anniversaire. Ce sont ceux-là les vrais sacrifices, car ce sont des moments que l’on ne récupère jamais. Lorsque tu arrives ici, tu passes beaucoup de temps en Europe, et dans mon cas, ma famille est repartie en Équateur. Mais c’est quelque chose qui me motive. Si je fais ça, il faut que cela en vaille vraiment la peine. Et ça vaut vraiment le coup car je fais un gros effort pour compenser tout ce que je perds à côté. Je pense à tous ces sacrifices et cela me motive à continuer.


Comment parviens-tu à concilier le fait d’être loin de ta famille ? As-tu une sorte de rituel, comme appeler chez toi tous les jours par exemple ?
Cela dépend de l’état d’avancement de la saison. La plupart du temps, lorsque je me prépare pour un Grand Tour ou autre, je suis loin de mes proches. Normalement, nous nous parlons tous les jours. J’appelle ma femme tous les jours et les enfants aussi. De nos jours, c’est facile de communiquer quotidiennement avec sa famille. Ce n’est pas comme si on était là tous seuls, totalement isolés et loin de tout. Bon c’est vrai je ne suis pas là physiquement mais nous sommes en contact permanent. Quand je suis sur un Grand Tour, ma famille me rejoint généralement la dernière semaine. Ou sinon nous essayons de la faire venir pendant l’été, lorsque les enfants ne vont plus à l’école. Ils viennent, ils passent tout l’été ici et rentrent ensuite à la maison. C’est du temps passé ensemble. Mais oui, dans l’ensemble, on perd beaucoup. Mais ça fait partie des choses qu’il faut faire pour obtenir des résultats.
**Après ta victoire aux Jeux olympiques, l’Équateur a semblé redécouvrir le cyclisme. De nombreuses autres victoires ont eu aussi une grande importance, mais c’est cette victoire qui a semblé faire une réelle différence.**
Je pense qu’après les Jeux olympiques de 2021, le pays a connu un grand changement. Ah oui certes, on a déjà remporté de grandes victoires. Mais les JO ce sont les JO, tu vois ? Ils ont été suivi par les amateurs de cyclisme, mais aussi par tous les amateurs de sport en général. Cela signifiait beaucoup pour le pays, et de nombreux jeunes ont soudain espéré pouvoir devenir cyclistes.


L’Équateur n’est pas connu pour son histoire cycliste. Est-ce que tu espères que cela va changer ?
Le cyclisme n’est pas vraiment une tradition chez nous, c’est quelque chose de très, très nouveau. Nous souhaitons apporter à l’Équateur un peu de la tradition cycliste que possède la Colombie. Les coureurs renommés que nous avons, ceux d’entre nous qui sont présents ici sur le WorldTour, nous sommes les premiers à représenter l’Équateur. Ce n’est pas quelque chose qui s’est accompli au fil des décennies, ni quelque chose qui est issu d’une longue tradition cycliste.
J’ai toujours souhaité transmettre ce que j’ai appris grâce au cyclisme aux enfants qui souhaitaient rejoindre le monde du cyclisme. En fin de compte, nous essayons de montrer aux gens un chemin différent, car le vélo est un mode de vie. D’une certaine manière, j’essaie de montrer cela à mon pays. Je possède un club cycliste qui porte mon nom. Grâce au cyclisme, nous souhaitons changer la vie de nombreux enfants, c’est vraiment important pour nous.
Lorsque je prendrai ma retraite, j’y consacrerai plus de temps, j’essaierai de partager plus de connaissances avec le club, d’attirer de nouveaux jeunes, de nouveaux talents. Si j’ai la chance un jour de dénicher un nouveau talent, j’essaierai de lui donner un coup de main et de faire en sorte qu’il vive de grands moments, pas seulement à vélo, mais aussi dans la vie. Pour moi, c’est ça qui est important.

AGUERRIE AU PELOTON
La collection Pro Team est plébiscitée par EF Education–EasyPost et suscite l’envie de ses rivales et rivaux. Elle a fait ses preuves sur tous les types de difficultés, des pavés jusqu’aux cols. La recherche de la performance est continue et les bénéfices sont minimes en comparaiso n. Mais ensemble, ils font toute la différence.