RCC à Paris Roubaix

Mercredi 27th Avril

Mots: Foucauld Duchange | La photographie: Jochen Hoops

Si le néophyte aborde les pavés comme le mousse son premier branle-bas, le spectacle est différent depuis la voiture du RCC : elle donne au directeur sportif une vision d’ensemble des opérations. Voici quelques extraits du journal de bord.

A huit heures, nous avons quitté des coureurs encore roses et frais. En quarante kilomètres la vision s’est délitée dans la boue. Les participants du Challenge passent vite au croisement des premiers secteurs. Jochen les immortalise en pleine action mais j’aperçois du gris et rose au pied d’un tas de fumier. Ça sent la crevaison. J’accours avec ma pompe et propose mon aide à point nommé. Le cycliste a déjà utilisé ses cartouches de CO2 mais son pneu est toujours à plat. Nous réparons ensemble puis il me laisse ses douilles, sa chambre à air et rejoint les pavés sans un merci. Je réalise alors qu’il n’était même pas membre du RCC mais je ne suis pas rancunier et prête de nouveau assistance à un autre dégonflé. A ce stade de la course, la plupart des coureurs pédalent vite et certains ne nous voient même pas. Tant mieux, c’est bon signe.

Arenberg c’est autre chose. Les barrières créent un goulet et privent les accidentés de bas côté salvateurs. Tout le monde est dans le même bain. C’est la grande lessiveuse. Je m’installe à la sortie avec mon drapeau du RCC et indique la direction de la voiture. Les membres du club s’y regroupent comme après un premier assaut. Certains sont tombés et recomptent leurs os ou leurs rayons. C’est bon, rien de cassé. Un Mars et ça repart.

A Mons-en-Pévèle, Jochen gare la voiture à la sortie du secteur et part avec son appareil photo. En attendant les coureurs, je grignote des bretzels à l’abri du coffre. De temps en temps, je me lève pour replanter mes drapeaux que le vent arrache. Manuel est le premier à s’arrêter. Il se contente de boire une petite canette de Coca et m’abandonne ses jambières. Plus tard, un autre membre vient remplir son bidon. Il a la jambe en sang suite à une chute mais rien de grave. Un cycliste me demande de l’eau. Telle la Croix-Rouge, je ne fais pas de distinction entre les parties mais suis assez décontenancé de le voir asperger ses plaquettes de freins avec mon eau minérale… Daniel a l’air bien mais les gouttes qui tombent de sa casquette saturée de sueur témoignent de son rythme soutenu. Il attend François qui me montre ses mains rougies. Mitaines or not mitaines, that’s the question. Tandis que Julien avale deux paquets de Tuc sans descendre de vélo, un passant breton vient me parler de ma plaque d’immatriculation. J’ai l’impression d’être l’ancêtre du village que l’on vient consulter sous son chêne. Deux heures que nous sommes ici. Nous aurions également besoin d’une petite barre!

Carrefour de l’arbre. François m’appelle à la rescousse. Il a crevé et n’a plus de boyaux. Au même moment, Daniel nous averti que Romain est tombé. Les mains en sang, il ne parvient plus à tenir son cintre. Je laisse Jochen avec la trousse de premiers secours et redescend au dernier ravitaillement. Impossible de doubler les gruppetti sur ces petites routes. C’est la galère des déviations. Une demi-heure pour faire dix kilomètres. Je retrouve François et le laisse avec un boyau aux bons soins de l’assistance. En effet, les premiers attendent leurs affaires de rechange à Roubaix. Attablés devant le MCC, ils partagent une bière avant de filer à la douche. Nous trinquons avec eux. L’année prochaine, ce sera notre tour.